Destinée

Il est incontestable que tous les animaux qui « rendent service à l’homme… » c'est-à-dire, qui sont utilisés par l’homme… de quelle que manière que ce soit, verront leur corps, leurs gênes, leur appareil reproducteur, leur progéniture, etc., contrôlés, manoeuvrés et mutilés de sorte qu’ils endureront des souffrances toute leur vie durant. Il ne leur sera pas permis de mourir de mort « naturelle » en fonction de la durée de vie propre à leur espèce. C'est la norme pour les animaux utiles à l’homme d’être mis à mort lorsque leur « productivité » ou leur « utilité » diminue et que le coût pour les maintenir en vie dépasse les bénéfices de leur chair, de leurs oeufs, de leur lait, leur laine, leur miel, leur valeur de divertissement, leur travail ou toute autre sorte d’« utilité ». Il est également dans l’usage (exception faite des insectes utilisés, comme les abeilles ou les vers à soie) que les cadavres soient mangés… par les humains, par leurs animaux familiers, ou par d'autres « animaux utiles ».

Une autre façon de présenter ces vérités est tout simplement de dire que tous les animaux qui sont utilisés par l’homme se retrouveront, tôt... et non pas tard, suspendus à un crochet dans un abattoir, étalés sur la glace dans un supermarché ou baignant dans un seau de « matières premières ».

Les poules qui ne pondent plus suffisamment sont tuées pour être transformées en aliments pour animaux familiers ou en potage au poulet. Les chevaux qui ne peuvent plus travailler, fonctionner, performer dans les cirques ou les rodéos, ou produire l'urine pour fabriquer les oestrogènes Premarin vont devenir de la viande chevaline ou du cuir de cheval, de la gélatine ou de la colle. Les vaches laitières dont la production laitière diminue sont tuées pour devenir du boeuf de qualité inférieure pour hamburgers, des aliments pour animaux familiers ou de la nourriture pour les visons d’élevage de fermes à fourrure. Et ces visons eux-mêmes, une fois qu'ils ont été tués et leurs peaux enlevées, fournissent un sous-produit profitable aux propriétaires de « ranch à visons » qui vendent leur chair comme nourriture pour d'autres animaux en captivité.

Il est indéniable qu'il n'y a tout simplement aucune « utilisation désintéressée » des animaux. Dès qu'une créature vivante acquiert un certain degré d'utilité pour l’homme, les besoins de l'animal deviennent immédiatement secondaires à ceux des humains. Il peut survenir un élan momentané de remords lorsque les désirs de l'humain outrepassent les besoins de l’animal et que les animaux souffrent, néanmoins les désirs et les intérêts des gens passeront en premier.

Certains ne sont disposés ni à acheter ni à consommer ce qui sort de l'abattoir, mais sont disposés à boire du lait de vache et à manger des oeufs de poule - produits qui procurent un approvisionnement régulier et fructueux de ce qui rentre à l'abattoir. Si ce qui est impliqué dans la production de veau horrifie au point qu'on ne peut pas même penser à acheter du veau, comment est-ce qu'on peut concilier le fait que s'il n'y avait pas une telle demande en lait, yogourt, beurre, fromage et crème glacée, il ne pourrait y avoir d’industrie du veau qui exige le supplice et le massacre de veaux ?

La reproduction, l’utilisation, l’achat, la vente de créatures sensibles garantit leur cheminement vers une vie de souffrance et une mise à mort dans l'agonie et la terreur –que ce soit pour la convenance, le plaisir ou les intérêts humains. Pouvons-nous accepter ceci comme légal et moral ? Evidemment, ceci est parfaitement légal : à partir du moment où vous possédez quelque chose, vous pouvez faire ce que vous désirez de vos possessions. Le mot cheptel, signifiant bien ou propriété personnelle, est une forme alternative du mot bétail. Est-t-il moralement acceptable de posséder des créatures vivantes ? La justification morale le plus souvent offerte est que les animaux, bien que semblables à nous sous certains aspects, sont tout simplement des « êtres inférieurs ». Ils peuvent partager certains de nos sens physiques, comme la perception de la lumière et de la chaleur, la sensation de faim et de soif, et probablement posséder l’instinct de reproduction, mais ils ne possèdent certainement aucun « sens de leur individualité » ou une véritable âme ou une existence spirituelle.

Pendant plus de deux siècles d'histoire américaine d'élevage, l’achat, la vente, la disposition, l’utilisation d'êtres vivants fut considéré moralement acceptable, même lorsque les créatures sensibles étaient des êtres humains. Une loi de la Virginie datant de 1740 déclare les esclaves, « biens mobiliers personnels aux mains de leurs propriétaires et possesseurs pour toute intention, disposition, et but que ce soit. » L’« industrie, » connue sous l’appellation « commerce d’esclaves », a été justifiée sur la base que, les Noirs Africains, bien que semblables aux Blancs sous certains aspects, étaient en réalité des « êtres inférieurs ».

Il y a, cependant, deux différences prédominantes entre l'élevage, l’utilisation et l’abattage des personnes et des animaux. La première est la finalité des cadavres. Au meilleur de ma connaissance, on n'a jamais considéré approprié de tuer et manger le corps d'un esclave qui ne pourrait plus « gagner le coût de son entretien », c’est-à-dire lorsque le coût de nourriture et de logement de l’esclave dépasse la valeur de son travail. Et au-delà du fait que l'abattage et la consommation des esclaves auraient terriblement ressemblé à du cannibalisme, ce qui le rendait d’autant impensable était que beaucoup d'esclaves d’Amérique étaient aussi des chrétiens convertis qui allaient à l'église, priaient, chantaient des hymnes appelées « chants religieux » et insistaient pour en enterrer et pleurer leurs morts. Malgré qu'on ait pu les utiliser en tant qu'êtres inférieurs, on leur a concédé à contrecoeur qu’ils avaient possiblement une âme et une spiritualité.

Et en second lieu, puisqu'ils ont appris la langue de leurs « propriétaires », il était difficile de réfuter leur vie mentale, considérée toutefois limitée.

Les animaux que nous utilisons, maltraitons et abattons par milliards affrontent un futur de souffrance sans espoir de rachat. Puisque les gens n'identifient aucune « pratique religieuse » chez les vaches, les moutons et les poules, et que le clergé proclame et défend bien peu l'existence de leur âme et de leur vie spirituelle, leur libération sera longue à venir.

Et puisqu'ils ne pourront jamais parler ou écrire la langue de leurs « propriétaires, » ils ne pourront jamais parler en faveur de leur propre défense ou en leur nom propre.

Il nous reste à écrire et parler afin d’éveiller les consciences, faire naître des sentiments de compassion qui mèneront à davantage de pensées, d’écrits, d’allocutions. Il y a un vieux proverbe latin qui nous rappelle : « Licet de tacet de Qui » --- « Qui ne dit mot consent ». Si nous sommes informés de la vérité, mais gardons notre connaissance pour nous-mêmes, nous donnons vie à l'ignorance, à la fausseté ou au désabusement la désillusion) avantageux.

Voilà un cas où le silence n'est pas d'or. Il nous incombe de trouver le courage de rompre le silence et de faire parler la vérité.

 
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