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Quand y a-t-il une question?
Stanley M. Sapon, Ph.D.
Professeur honoraire de Psycholinguistique
Université de Rochester (NY)
Ce n’est une surprise pour personne que les Vegans font face à
des défis. Cependant, contrairement à la croyance
populaire, trouver de la nourriture acceptable n’est que l’un
de ces défis…et est loin d’être le plus grand.
Le défi le plus sérieux auquel sont confrontés
les Vegans n’a rien à voir avec la nourriture mais avec
la conversation.
En tant que personnes dont le comportement alimentaire est remarquablement
différent de celui de la tendance générale,
les Vegans provoquent souvent - sans intention délibérée
ni préméditée - des commentaires et des invitations
au dialogue de la part des gens autour d’eux. A ce moment de la
vie d’un Vegan, le mot « communication » revêt
une urgence particulière.
Mon fidèle dictionnaire définit la communication
comme « l’échange de pensées, de messages
ou d’information ». Il n’est pas facile de communiquer
clairement ses idées et les messages que nous émettons
ne sont pas nécessairement ceux que nous voulons transmettre.
Si « échanger » signifie donner et recevoir
réciproquement, nous rencontrons un problème
lorsque l’une des parties est plus avide à « donner »
et que l’autre est fermement décidée à « ne
pas recevoir ». Nous pouvons voir deux personnes en train
de se parler…l’une posant ce qui semble être une question,
et l’autre répondant, mais sans véritable « communication »
présente.
Les règles de grammaire identifient de façon simple
« ce qu’est une question ». Dans la
forme écrite, il y a un point d’interrogation et dans
la forme parlée, on perçoit une mélodie interrogative.
Le même livre de règles définit une question
comme l’expression d’une demande pour obtenir une information.
Il ne devrait y avoir aucun problème pour savoir quand
une question est posée. Ou y en a-t-il un?
La vérité est que la question formule sert
de lubrifiant social aussi souvent que de moyen d’acquérir
des données. « Ça va? » provenant d’un
compagnon de travail croisé dans un corridor est une salutation
amicale et non une interrogation à propos de votre santé.
Provenant d’un ami intime, il s’agit d’une manifestation d’intérêt
au sujet de votre bien-être. Malheur à celui qui
répond à la question qui n’a pas été
demandée. Parler de vos problèmes et de vos malaises
lorsque la réponse requise est «Très bien! »
vous fait passer pour un martien. Lancer un rapide « Très
bien! » à quelqu’un qui s’inquiétait réellement
à votre sujet équivaut à repousser un véritable
intérêt.
Afin d’établir un contact cordial, nous abordons des étrangers
aux arrêts d’autobus avec des questions comme « Assez
chaud pour vous? » et « N’est ce-pas un magnifique coucher
de soleil? » Nous sommes invités à participer
à l’émerveillement d’autres personnes lorsqu’elles
nous prennent à témoin et nous demandent « Avez-vous
déjà vu un bulldozer aussi énorme? »
A l’occasion de cocktails, des personnes qui se connaissent à
peine les unes des autres initient la conversation ainsi « …alors,
qu’est-ce qui arrive avec les Rangers? » Des commentaires
comme « Venez-vous souvent ici? » ou « Quel est
votre signe? » sont rarement perçus comme d’authentiques
et sincères demandes d’information mais sans eux la tradition
américaine du Singles’ Bar ne survivrait pas longtemps.
Temps et Lieu: La Mise en Place
Comment faisons-nous la différence entre des formules
sociales, des demandes de renseignements et d’autres sortes de
questions? Ici, les indices ne sont pas verbaux mais situationnels.
Quelle est la distance entre les interlocuteurs, y a t-il un contact
visuel, y a
t-il du temps pour un peu plus qu’une brève « phrase
toute faite », le rapport entre les interlocuteurs est-il
superficiel, où a lieu précisément l’interaction
verbale? L’interaction se déroule-t-elle entre deux personnes
seulement ou y a t-il un « auditoire » impliqué?
Questions: Saignant, Médium & Bien Cuit
Où puis-je trouver du tofu dans cette ville? Combien
de minutes le riz doit-il cuire? Combien de grammes de gras y
a t-il dans une tasse de beurre? Quelle est la teneur en calcium
d’un bouquet de brocoli? Toutes ces demandes sont de simples
questions qui requièrent de l’information. Il n’y a
aucun élément de points de vue personnels ni de
valeurs personnelles à trouver tant dans les questions
que dans les réponses. C’est lorsque nos questions vont
au-delà de l’échange de données que la vie
se complique.
Après une présentation que j’ai faite lors d’une
conférence, un jeune homme du Michigan attendit afin de
m’entretenir d’une sérieuse question personnelle: « Je
me sens vraiment ennuyé lorsque les gens me pressent de
questions sur mes valeurs et mon style de vie. Quelle réponse
puis-je donner à quelqu’un qui connaît mes préoccupations
au sujet des souffrances qu’endurent les animaux de laboratoire
et qui me demande ‘Penses-tu réellement que la vie d’un
animal vaille plus que celle d’un être humain?’ Que puis-je
dire à quelqu’un qui découvre que je suis Vegan
et me défie en me demandant ‘Qu’est-ce qui arriverait aux
millions d’animaux qui ne seraient pas consommés si le
monde entier devenait Vegan ?’ Comment dois-je répondre
à quelqu’un qui me demande ‘N’avez-vous pas de peine pour
ces milliers de travailleurs, ces propriétaires de ranchs
à bétail qui sont des personnes croyantes, ces producteurs
laitiers et producteurs de volaille qui perdraient leur gagne-pain
si chacun renonçait à manger de la viande, du fromage
et des œufs? Et qu’en serait-il de leurs pauvres et innocentes
familles?’ »
Ses difficultés à répondre à de telles
questions m’amenèrent à réfléchir
à la façon dont ma propre expérience professionnelle
pourrait apporter un peu de lumière sur un problème
que les Vegans rencontrent si fréquemment.
La première chose à mettre en évidence était
qu’il avait été trompé par une forme grammaticale.
Il avait tenté de répondre… comme à des
questions… à des fragments de rhétorique qui
n’étaient pas de simples questions.
Ce qui le désarma, et le rendit tellement vulnérable,
fût son incapacité à déterminer quand
une question est une demande réelle de renseignements…
et quand elle ne l’est pas.
Tout d’abord, il n’a pas reconnu que tout ce qui a la forme grammaticale
d’une question n’est pas toujours une demande pour obtenir un
renseignement. Les « questions » au sujet des animaux
de laboratoire et sur l’économie agricole n’étaient
certainement pas des requêtes d’information factuelle qui
pourraient se trouver dans une encyclopédie. Au mieux,
ce sont des défis pour valider les valeurs morales Veganes,
et au pire, des attaques légèrement déguisées
sur le style de vie Vegan ou les perspectives Veganes.
Ensuite, il n’a pu réaliser que la personne qui phrase
la « question » formule également « les
règles d’engagement » qui obligent le répondant
à accepter la légitimité de la proposition
à explorer. Le fait que quelqu’un vous demande une « question »
ne signifie pas que vous êtes obligé de répondre
conformément aux prémisses de la « question ».
Peut-être que l’erreur tactique la plus grave de toutes
dérive d’une tentative honnête d’adresser les questions
dans le cadre d’une « question-réponse ». Catégoriquement,
il est impossible de répondre à une question qui
n’est rien d’autre qu’une provocation à un duel
verbal, philosophique ou moral. La personne qui vous demande si
vous estimez la vie d’un animal au-dessus de celle d’un être
humain, n’est pas réellement intéressée par
votre opinion. Ce que recherche votre interrogateur est
l’opportunité de vous pousser dans une position de défense
indéfendable, et de pouvoir solidement confirmer la justesse
de ses vues - et la fausseté des vôtres.
Essayer de répondre à la question - telle qu’exprimée
- revient à reconnaître la validité d’un choix
« l’un ou l’autre - ou », tout autant que la fausse
supposition que la mort d’animaux sauve des vies humaines. Si
vous tombez dans le piège, vous vous retrouverez en train
de défendre des positions n’ayant aucun appui dans la réalité.
Vous allez vous retrouvez debout en plein sables mouvants, battant
de l’air sur des questions fantômes, vous enfonçant
plus profondément à chaque minute. Ici le mot clef
est défense.
Etre sur la défensive, c’est démarrer avec deux
handicaps. Votre capacité d’informer, d’éclairer
ou de sensibiliser votre interlocuteur commence au bas et risque
de descendre encore plus bas. L’idéal de la communication
peut être perçu comme un ensemble d’événements
verbaux qui sont suivis pour les deux parties d’une meilleure
compréhension des points de vue et des valeurs de chacune.
Quelqu’un qui accepte une position de défensive dans un
dialogue entame un processus de communication déformée.
Répondre
aux vraies questions
Accepter les suppositions de la personne qui nous défie
garantit une compétition perdante. Il nous faut trouver
une stratégie qui nivelle le terrain de jeu, change la
compétition en cadre respectueux propice à une discussion
honnête sur les questions réelles, qui désarme
l’adversaire de telle façon que l’antagonisme est dissipé
et qui dispose la scène pour l’afflux réciproque
d’idées et d’information. Il s’agit d’une commande de taille,
mais il existe des principes de base d’interaction verbale qui
peuvent s’avérer utiles.
Même si l’essentiel de la « question » est apparent
dès les premiers mots, n’interrompez pas ou n’intervenez
pas avec votre réponse avant que la question soit complète.
Vous avez besoin de temps pour formuler une reconnaissance courtoise
et respectueuse des intérêts véritables de
la personne qui pose des questions. La nature des intérêts
de la personne qui questionne doit être identifiée
et isolée de la turbulence émotionnelle qui accompagne
habituellement ces questions.
Si la question ne convient pas…
Rien ne vous oblige à répondre à la question
telle qu’elle est présentée. Vous pouvez plus efficacement
répondre à la question que vous souhaiteriez
avoir été demandée. Ou à la question
formulée de la façon que vous pensez qui aurait
dû être.
« Si vous ne buvez pas de lait, ne craignez-vous pas de
souffrir d’ostéoporose? » ne s’adresse pas vraiment
à ce dont vous vous inquiétez mais plutôt
à ce qui inquiète celui qui vous questionne ou bien
il s’agit d’une suggestion à l’effet que vous ne ramez
pas avec les deux avirons à l’eau. D’une façon ou
d’une autre, les questions auxquelles répondre sont:
« Quelle est la relation entre la chair animale/les régimes
à base de produits laitiers et les régimes à
base de végétaux et les risques de souffrir d’ostéoporose? »
ou
« Le lait de vache n’est-il pas un élément
nutritif essentiel permettant de construire une ossature solide
chez l’enfant et n’est-il pas nécessaire à l’adulte
pour demeurer en santé? »
Voilà l’occasion de parler du surplus de protéines
de la viande et du lait, d’expliquer que le tout accroît
le risque de décalcification osseuse… et de l’abondance
de calcium fournie par les légumes verts et à feuilles,
par le tofu, les graines de sésame, etc… C’est également
le temps de parler de l’alliage parfait entre le lait de chaque
mammifère et ses propres rejetons. Ça n’est pas
le temps de parler des horreurs de l’industrie du veau et de la
relation avec l’industrie laitière.
« Je comprends vos sentiments au sujet de la tuerie des
animaux mais puisque les poules pondent naturellement et qu’on
ne tue pas les vaches pour obtenir leur lait, qu’est-ce qui n’est
pas correct avec les œufs et le lait? »
La question à laquelle vous répondez est:
«La production d’œufs et de lait n’est-elle pas en quelque sorte
une activité non-violente, douce et bénigne? »
C’est maintenant que vous pouvez donner de l’information sur
les horreurs de l’élevage industriel et de la cruauté
épouvantable infligée aux « animaux de ferme. »
Précautions:
Lorsque la question se rapporte à la santé humaine,
votre réponse doit rester centrée sur la santé.
Ne compliquez ni ne confondez votre réponse en parlant
de compassion.
Lorsque la question se rapporte à la compassion, centrez-vous
sur ce sujet. Les questions sur ce thème vous donnent l’opportunité
de parler de vos sentiments, de la compassion que vous
ressentez devant toutes ces formes de cruauté. Rappelez-vous:
Celui qui vous questionne ne vous a pas donné l’autorisation
de lui reprocher son insensibilité ou son indifférence
aux souffrances des autres.
Lorsque des questions sur le Veganisme reposent sur plus d’un
thème, il est difficile, mais essentiel, de limiter votre
livraison d’information aux dimensions de la question. L’une des
causes les plus fréquentes d’échec en communication
est le « surplus d’information ». Cela demande des antennes
averties, alertes et bien accordées pour éviter
de dire à votre interlocuteur plus que ce qu’il ne se soucie
de connaître sur le sujet. Livrer des doses massives d’information
peut avoir davantage pour effet de décourager un questionnement
ultérieur que de favoriser la recherche active de faits
complémentaires.
Si une réponse à une question exprime davantage
un « son de persuasion » qu’une « saveur informative »,
la crédibilité de l’information factuelle est compromise.
Il y a certains endroits où il est presque fatal de considérer
quelle question que ce soit sur le Veganisme. Lorsque questionné
à table, sur les raisons de son régime Vegan, la
réplique très sage et courtoise de mon fils est
toujours: « Je ne discute jamais de mon régime
à l’heure des repas. Mais je serais heureux de vous l’expliquer
en détail, à un autre moment. »
Même les questions teintées d’accents négatifs
révèlent certaines choses sur le centre d’intérêt
de celui qui questionne. Si vous structurez vos réponses
de manière à éviter une confrontation et
fournissez des réponses aimables et factuelles à
l’intérieur des limites de cet intérêt, vous
aurez fait davantage que de simplement refuser le combat; vous
laisserez la personne qui pose des questions avec des faits simples,
honnêtes, qu’elle peut mastiquer et peut-être digérer.
Attention à ne pas interpréter la réception
sympathique de votre réponse comme une « petite victoire sur
la question » en tentant d’appuyer votre avantage avec « …et
de plus,… » En allant au-delà de la question vous
pouvez faire suffisamment de vagues pour lessiver toute graine
de compréhension que vous pourriez avoir semée.
Si une « question » peut refléter une quelconque
turbulence émotionnelle de la part de celui qui questionne,
il est raisonnable de s’attendre à ce que le répondant
éprouve sa propre réaction émotionnelle.
C’est là que l’acceptation d’une invitation au dialogue
devient difficile. Il suffit de le dire, même devant des
attaques légèrement déguisées sur
les Vegans et/ou sur le Veganisme, nous devons éviter les
confrontations, les disputes ou quoi que ce soit qui ressemble
à un « argument ». Nous sommes supposés
être la preuve vivante que les Vegans sont engagés
envers la non-violence, la raison et le respect envers toute forme
de vie… même celle de militants qui se nourrissent de viande!
Je désapprouve fortement la stratégie exprimée
dans ces « Fiches d’Information » si largement distribuées
et intitulées « Comment gagner un argument avec un
mangeur de viande. » Il est en fait psychologiquement impossible
de « remporter » un « argument ». S’il s’agit
en effet d’un argument, i.e. d’une dispute, d’un fort désaccord,
d’une affirmation ou de quelque chose de semblable, les faits
que vous mobilisez pour surmonter la position de votre adversaire
risquent davantage de générer des sentiments négatifs
que l’acceptation heureuse de vos idées et points de vue.
Quelle est la chaleur de la question et, Quelle est la température
de la réponse?
Marshall McLuhan, cet érudit canadien (The Medium is The
Massage, 1967) qui a apporté des idées passionnantes
sur l’étude de la communication, a caractérisé
les différents moyens de communication dans un continuum
de « chaud » à « frais ».
Dans son analyse, McLuhan désigne « chaudes », les communications
spontanées dont les déclarations peuvent être
faites sans prendre soin de réfléchir, de ressasser
et de prudemment sélectionner ses mots et qui appellent
des réponses rapides ou même instantanées.
Les communications qui doivent être polies avant d’être
livrées, et qui n’appellent pas (ou ne peuvent pas appeler)
de répliques instantanées, sont dites « fraîches ».
Les questions actives de la forme d’un dialogue animé
entre deux individus, face à face, seraient les « plus
chaudes », et la communication écrite, comportant
un délai serait au « plus frais » du thermomètre.
D’un point de vue psychologique simple, le dialogue face-à-face
question-réponse peut-être vu enrichi - aussi bien
que contaminé - par toutes les subtilités et nuances
de qualité de voix (sérieuse ou sarcastique), d’expressions
faciales (visage souriant, neutre, grave), à quelle rapidité
-ou délibérément- fusent les réponses,
posture corporelle, gestes des bras, des mains, etc… Suivant l’imagerie
de McLuhan, il nous faut contrôler la température
de nos échanges… pas trop froide car rien ne bouge ni trop
chaude car les idées s’évaporent.
Parfois, ils tirent sur le messager
Ce que ces observations indiquent également est qu’il
y a des moments, des lieux, des gens, des sujets qui demandent
une communication fraîche. C’est là où la
proposition de matériel imprimé peut représenter
une aide précieuse: il est impossible d’avoir un « argument
chaud » ou une « chaude discussion » avec une page
imprimée. Au point de vue de transfert d’information factuelle
abondante rien ne surpasse un morceau de texte imprimé.
C’est permanent, le lecteur n’a pas à se rappeler de nombres
exacts ou de statistiques et c’est disponible pour réexamen
ou reconsidération à la convenance du lecteur. Et
c’est impersonnel. Cela signifie que les faits et les sentiments
évoqués par l’auteur sont moins susceptibles d’être
interprétés comme étant adressés personnellement
(ou dirigés) au lecteur. Offrir un petit livret d’informations
à des personnes insistant pour obtenir des renseignements
est respectueux de leurs intérêts, courtois, et peut
transformer la prochaine interaction en un entretien plus sécuritaire.
Il y aurait beaucoup à dire au sujet de ne pas présenter
verbalement de messages troublants ou de douloureuses images graphiques.
Je n’aime pas être celui qui transmet les détails
sanglants de ce qui se passe à l’intérieur de l’abattoir
ou de ce qui arrive aux veaux mâles et aux poussins. Etablir
mon point me fait également le désagréable
porteur d’informations perturbatrices. Je me sens plus heureux
à être la personne qui présente…
« en couleurs vives et détails vivants » …les charmes
d’un mode vie Vegan compatissant, et la gamme des nombreuses satisfactions
qu’il procure.
Ce qui tient en un mot est bon pour les oiseaux
Les questions parmi les plus hasardeuses auxquelles répondre
sont celles qui portent la marque d’authentiques, de sincères
et innocentes requêtes d’information globale. Ce qui les
rend si hasardeuses est qu’elles semblent si naïvement simples.
Sans aucune référence clairement définie
de thème ou de longueur, elles vous invitent à intégrer
dans Une Phrase Capsule tous les idées, les expériences,
la compréhension et les perspectives qui vous ont conduit
à effectuer des changements majeurs dans votre vie. Par
exemple, « Alors, en un mot, qu’est-ce qui vous a décidé
à devenir Vegan? »
Méfiez-vous de ces questions qui commencent par « Alors,
… » La personne qui pose cette question vous signale un manque
de temps ou d’intérêt pour l’écoute de détails
antécédents; elle est pressée que vous en
veniez à l’Essentiel, au Résumé de la Fin,
à la Solution Simplifiée, sans s’embarrasser de
nuances, de valeurs et de sentiments. Le message est « Ne
m’accablez pas avec ce qui vous a coûté des heures
d’effort intellectuel et spirituel ».
Plus d’une association a succombé à la pression
de définir « le Veganisme en un Mot ». Il en
résulte typiquement une extrême simplification destructive
- étalée en termes négatifs- qui réduit
une importante et enrichissante philosophie à « une
diète alimentaire », par exemple: « Les Vegans
sont des végétariens qui ne consomment ni produits
laitiers ni œufs.»
L’équivalent en anglais pour l’expression « en un
mot » est « nutshell », mot qui, littéralement,
se traduit par « coquille de noix ». Et vraiment, la
seule chose qui peut tenir convenablement dans une coquille de
noix, c’est une noix.
Le Dernier Mot
Le modèle de Questions et Réponses en tant qu’instrument
d’enseignement a été abondamment utilisé,
et le pouvoir du paradigme a été reconnu depuis
des siècles dans le contexte de l’enseignement spirituel,
que ce soit dans l’étude du Catéchisme ou du Talmud.
Probablement que le dernier mot en matière de « questions
difficiles » et « réponses souples » se
trouve dans l’antiquité. Le Talmud parle de deux sages
distingués qui résolurent de façons différentes
une impressionnante question.
Un plaisantin irrévérencieux demanda au Rabbin
Shammai si celui-ci pouvait lui enseigner tout ce qu’il y avait
à savoir sur la Torah pendant qu’il se tiendrait debout
sur un seul pied. Le Rabbin Shammai, naturellement ennuyé,
rabroua cet impudent avec rudesse.
Cependant le Rabbin Hillel, un homme beaucoup plus patient, accepta
la question et créa une réponse sans précédent.
« Il n’y a qu’un seul message dans la Torah,» répliqua-t-il:
« ce qui te cause de la douleur, ne le fais pas aux autres.
Le reste n’est que commentaire. Maintenant vas et étudies. »
Lorsque les gens nous demandent de leur dire tout ce qu’il y
a à savoir sur l’essence du Veganisme pendant qu’ils se
tiendront sur un pied, la réplique d’Hillel peut encore
servir comme début aimable et respectueux de notre réponse.
Ensuite, nous pouvons inviter nos questionneurs trop impatients
à étudier.
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